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| « Rachid Talbi El Alami, désormais ex-ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Affaires économiques et générales aura été maladroit jusqu’au bout », confie ce membre d’une chambre de commerce nordiste. CETTE même impression a été largement partagée ce jeudi 11 octobre dans les couloirs du ministère de l’Industrie et de commerce. Talbi El Alami, accompagné de Salaheddine Mezouar, ex-ministre de l’Industrie, du commerce et de la mise à niveau de l’économie ; venait de se réunir avec des opérateurs économiques et sociaux. Il devait remettre de l’ordre dans ses propos après avoir provoqué la discorde entre les minotiers et leurs clients en commettant des imprécisions dans l’annonce des prix de vente de la farine (lire notre numéro précédent). Il devait surtout présenter l’état d’approvisionnement du marché en produits de base et la situation des prix. C’est ce qui était inscrit à l’ordre du jour. Mais, c’est ce dont il n’a parlé, en définitive, que très peu (voir encadré). El Alami a persisté et signé, arguant qu’il a fait exprès de jeter le flou sur le prix de vente de la farine. « Je voulais sortir les monopolisateurs de la farine de leur cachette », a-t-il insisté. Et d’ajouter : « nous avons effectué un suivi de bout en bout du circuit de vente de la farine et nous avons découvert qu’il y a 10.000 tonnes qui, stockés par des spéculateurs, ne sont pas mis sur le marché ». En reprenant la parole à la fin de la réunion, le ministre sortant n’a pas mâché ses mots en s’attaquant aux « commerçants tricheurs » et autres « fraudeurs ». Il a salué le travail de contrôle qui a été intensifié et n’a pas raté non plus les frondeurs contre la hausse des prix, les accusant de « semer la zizanie ». De la sorte, El Alami s’est mis bien du monde à dos. La réaction des opérateurs économiques et sociaux présents n’a pas tardé. La plus directe aura été exprimée par Ahmed Abouh, vice-président de la chambre de commerce et d’industrie de Rabat : « si notre réunion se termine ainsi (ndlr : c’est à dire sur un autre fond de crise), je crains le pire pour les prochains jours ». Le ton de Talbi El Alami a été qualifié par le représentant de la chambre de commerce de Settat de « provocateur ». Surtout que les représentants présents étaient unanimes à considérer les contrôles d’urgence effectués après la fronde populaire contre la cherté de la vie comme étant excessifs, voire dans certains cas injustes. « Les contrôleurs cherchent des boucs émissaires plutôt que les vrais fraudeurs », avaient clamé certains intervenants, en colère. Voyant que la poudre y était et qu’il ne manquait plus que le feu, Salaheddine Mezouar a usé de tout son tact pour calmer les esprits. Et il y est parvenu en peu de mots en orientant la réflexion vers l’avenir. Il a même pu convaincre de nombreux représentants de ne pas reprendre la parole pour répondre à Talbi El Alami. Ce qui n’a pas empêché certains représentants de faire leurs mises au point dans le couloir. Les résultats concrets issus de cette réunion ne sont pas nombreux. Il a été convenu de constituer une commission qui devra effectuer une dernière relecture du projet de texte élaboré pour la protection des consommateurs. Une autre commission devra se charger de l’étude des problèmes posés dans le commerce des produits de base. Et une autre devra se pencher sur les contrôles. Maintenant que Salaheddine Mezouar vient d’être officiellement nommé ministre de l’Economie et des Finances, il hérite du dossier, si chaud, des produits de base, qui reste ouvert. Ce dossier s’impose en priorité au gouvernement, surtout que de nombreuses sections de l’AMDH à travers le Royaume ainsi que des coordinations locales de lutte contre la vie chère comptent redescendre dans la rue à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la pauvreté célébrée le 17 octobre de chaque année. Le nouveau gouvernement arrive au « bon » moment. RéactionsLahoucine Azaz, président du syndicat des pâtissiers-boulangers : « Notre pays est connu par ce genre de réunions de dernière minute qui, malgré le retard, aboutissent à des résultats. Nous restons donc optimistes non sans insister sur le fait que les contrôles effectués avec intensité ces jours-ci sont loin d’être sereins et non sans rappeler que le gouvernement doit anticiper pour éviter les perturbations éventuelles du marché. Je rappelle que le prix du blé, autant que celui du pétrole, continuent de flamber. A l’avenir, nous espérons également voir les professionnels représentés au sein des commissions de contrôles qui ne doivent pas être des mesures d’exception, mais de routine. Par ailleurs, pour résoudre d’une manière sensée le problème du prix du pain, je plaide surtout pour l’organisation d’une journée de sensibilisation sur la nécessité de rationaliser la consommation de cette denrée de première nécessité comme on le fait pour l’eau ou l’électricité... Parce que la quantité du pain que les Marocains achètent et jettent à la poubelle reste considérable ». Mohamed Ennouali, représentant de l’association marocaine de protection et d’orientation du consommateur (AMPOC) Mohamed Ennouali, représentant de l’Ampoc a pris le micro et n’a plus voulu le relâcher, tellement il en avait gros sur le cœur. Cet intervenant a rappelé que la série de hausses des prix a commencé depuis bien longtemps sans qu’aucune réunion officielle n’ait eu lieu pour examiner la situation. Il a regretté que les responsables doivent à chaque fois jouer aux pompiers à la dernière minute pour éviter le pire, alors qu’il aurait mieux valu « prévenir que guérir ». M. Ennouali a déploré le fait que l’on soit encore au Maroc au stade de guerroyer pour éviter la hausse du prix du pain, alors qu’ailleurs on parle désormais du droit au bien-être... Lui aussi a prévenu de ce qui pourrait se passer à l’avenir, sachant que la conjoncture mondiale est défavorable au Maroc. Talbi El Alami piégé Lors de cette dernière réunion à laquelle participait Talbi El Alami en tant que ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Affaires économiques et générales, cet Rniste a été piégé par deux fois. La première, quand le représentant des commerçants de Salé lui a demandé combien coûte le prix du beurre. Surpris par cette question, il a alors invité son interlocuteur avec brusquerie à consulter le bulletin officiel. La seconde quand le représentant de la chambre de commerce et d’industrie de Settat lui a rétorqué concernant les monopolisateurs de la farine : « il y a un parlementaire à Settat que vous connaissez, monsieur le ministre, qui stocke la farine et spécule sur son prix. Pourquoi ne faites-vous rien contre lui ? » Un silence gêné s’est abattu sur la salle de réunion avant que Salaheddine Mezouar ne sauve la situation. Ce que dit la loi sur la liberté des prix et de la concurrence La loi 06-99 sur la liberté des prix et de la concurrence promulguée par le Dahir n° 1-00-225 du 5 juin 2000 publié au bulletin officiel n° 4810 du 6 juillet 2000 est entrée en vigueur le 6 juillet 2001. Cette loi s’applique sur tout le territoire national à toutes les activités de production, de distribution et de services, qu’elles soient le fait de personnes physiques ou morales de droit privé ou de droit public (article1). Elle offre aux opérateurs économiques la possibilité de fixer librement les prix de leurs biens, produits et services (article 2). L’Etat n’a plus le droit d’intervenir sur les prix, sauf dans des situations exceptionnelles expressément limitées par la loi (article 3-4) Ainsi, dans les secteurs ou les zones géographiques où la concurrence par les prix est limitée soit en raison de monopole (ex : électricité, eau potable...), soit en raison de dispositions législatives ou réglementaires, les prix peuvent être fixés par l’administration après consultation du conseil de la concurrence (article 3). De même en cas des hausses ou des baisses excessives des prix résultant d’une situation exceptionnelle : soit une situation de crise, soit une calamité publique, soit une situation anormale du marché dans un secteur déterminé, l’administration peut prendre des mesures temporaires après consultation du conseil de la concurrence(article 4). Si l’intervention de l’Etat sur les prix reste possible, les conditions pour la fixation des prix et l’avis du conseil de la concurrence, offrent des garanties aux opérateurs contre tout retour injustifié à la réglementation des prix. Le Conseil de la concurrence La loi 06-99 crée un organe consultatif, le conseil de la concurrence. Cet organisme est composé de 7 représentants de l’administration, 3 experts en matière juridique, économique, de concurrence ou de consommation et 3 représentants des divers secteurs de production, de distribution ou et de services. Il est compétent pour étudier les pratiques anticoncurrentielles et les opérations de concentrations économiques dont il est saisi et recommande au Premier ministre, par avis motivé, les suites à leur donner. Le président du Conseil est nommé par le Premier ministre. Les autres membres sont nommés pour cinq (5) ans par décret sur proposition de l’administration et des organismes concernés dont relèvent les dits membres, et ce, dans les conditions fixées par voie réglementaire. Leur mandat est renouvelable une fois. Le Conseil de la concurrence dont le rôle est loin d’être négligeable ne s’est jamais démarqué par une quelconque proposition. Depuis longtemps, ses organes n’ont pas été renouvelés. Protection des prix au Sahara« Les prix de vente du sucre et des huiles alimentaires sont fixés dans les régions sahariennes à des niveaux nettement inférieurs à ceux des autres régions du Royaume », peut-on lire sur le site du ministère des Affaires générales et économiques. A titre d’exemple le prix fixé pour Laayoune Smara et Boujdour est, selon la même source, pour le pain de sucre de 6,15 dh/p contre 10 dh/p pour les autres régions. Concernant le sucre en morceaux, son prix est de 3,05 dh/kg contre 5 dh/kg pour les autres régions. Le prix du sucre granulé est de 2,73 dh/kg contre 4 dh/kg pour les autres régions. Celui des huiles alimentaires est de 4,25dh/l contre 8,70 dh/l pour les autres régions. « La Caisse de Compensation prend en charge la différence entre les prix de vente de ces produits fixés pour les provinces sahariennes et leurs prix de revient dont le montant total de la charge avoisine 50 millions de dirhams », précise, sur son site, le département qui est désormais tenu par l’istiqlalien Nizar Baraka. L’Etat subventionne également des baisses de prix pour les régions sahariennes des produits pétroliers et du gaz butane.
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