La conquête de l'or bleu à Kénitra M'nasra 

 

S'étendant sur près de 70.000 ha et qui longe plus de 60 km de littoral, la zone côtière de M’Nasra connaît des transformations profondes tant au niveau socioéconomique qu’agricole. Le secteur agricole est en développement à travers son sol, ses ressources humaines et l’irrigation à partir de la nappe via des dizaines de milliers de puits. Les cultures sous serre sont à haute valeur ajoutée, mais grandes consommatrices d’eau et de produits chimiques tels les engrais et les pesticides.

Par ailleurs, cette zone est caractérisée par l’exploitation accrue des carrières (sable pour la construction), l’existence de deux réserves hydriques: Merja Zergua et lac Sidi Boughaba, et l’émergence progressive d’une urbanisation localisée.

Toutes ces contraintes ont perturbé la balance offre-demande des terres, d’où la hausse continue des prix du terrain. Du point de vue agricole, la zone est en phase de changement radical, aussi bien sur le plan économique qu’écologique. Et ce, à cause de l’irrationalité des pratiques culturales, de l’incohérence des actions relatives à la gestion des ressources naturelles en général et de l’eau en particulier ainsi que du manque d’esprit de responsabilité et de civisme. Il en ressort que l’exploitation abusive de la nappe phréatique de M’Nasra serait à l’origine non seulement de l’énorme gaspillage de l’eau et de la dégradation de sa qualité, mais aussi de la diminution aiguë du niveau de la nappe par rapport à celui de la mer.

Pour ce qui est de la qualité de l’eau, la nappe est fortement contaminée par les nitrates provenant de l’excès d’engrais azotés. La concentration dans les endroits examinés est supérieure aux normes de potabilité fixées par l’Organisation mondiale de la santé (50 mg/l). Certaines études parlent du risque d’intrusion marine, si le niveau de la nappe deviendrait inférieur à celui de la mer. La conséquence serait la salinisation de la nappe qui sera par la suite impropre à la consommation et inutilisable pour l’agriculture.

La vulnérabilité et la fragilité des écosystèmes de la zone de M’Nasra commencent à devenir un fait et non des constatations scientifiques.

Une seule solution aujourd’hui: agir avant qu’il ne soit trop tard.
Thami LAASSILI