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Sûreté des denrées alimentaires: qu'est devenu le projet de loi cadre?
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Soumis à la tutelle en 2004, il est scindé en 4 textes
· Un seul est passé en Conseil de gouvernement
L'avant-projet de loi fondamentale sur la qualité, la salubrité et la
sécurité sanitaire des aliments, traîne dans les dédales de
l'administration. Du moins pour trois de ses parties. Car le projet
commandité par le ministère de l'Agriculture et les professions de
l'alimentaire a été scindé en quatre projets.
Au lieu d'une loi cadre formant un tout, comme finalisé en 2004 par une
équipe de l'Agence allemande de coopération GTZ, on se retrouve donc avec
quatre textes. Chacun légiférant, de manière séparée, un aspect de la sûreté
des denrées alimentaires. Le premier ayant été examiné par le Conseil du
gouvernement est relatif aux «produits bénéficiant d'une appellation
d'origine protégée, d'une marque ou label de qualité». Et ce n'est que sur
intervention de haut niveau. Ont été déposées le 4 mai dernier auprès du
service des Affaires administratives et juridiques la partie relative à la
«sécurité, la traçabilité et l'étiquetage» et celle concernant
«l'agriculture biologique». Et on signale que ce dernier texte n'a été
diligenté que sous la demande européenne. En revanche, le 4e texte devant
régir «les produits nouveaux issus de la biotechnologie ou d'organismes
génétiquement modifiés», il sommeille toujours à la direction de la
Répression des fraudes.
Or, l'objectif initialement recherché consistait à mettre un terme au
dualisme qui distingue la législation en vigueur. L'une, moderne car
élaborée pour l'exportation. L'autre, simpliste, pour ne pas dire
inexistante pour le marché intérieur. Avec un concept commun: le contrôle.
Il est en effet, fortement présent. Tout au long de la chaîne de production
lorsqu'il s'agit des produits exportés. Mais limité au produit fini dès lors
qu'il concerne la mise sur le marché local.
Cette approche a conduit à une prolifération de nombreux intervenants.
Plusieurs services exercent ce contrôle. Chacun d'entre eux se prévalant de
son domaine de compétence. Avec à la clé des textes définissant des
principes généraux d'hygiène et de salubrité des denrées alimentaires. Sans
pour autant pallier le manque d'assise juridique nécessaire à l'édiction de
normes préventives.
Une telle situation ne s'accommode plus de la notion de «sûreté des denrées
alimentaires» , désormais exigée comme droit au même titre que la liberté
dont le consommateur estime devoir jouir dans son quotidien. Le devoir des
pouvoirs publics est de rassurer ce consommateur, en ne permettant que
l'introduction et la circulation de produits sûrs. Surtout que le
libre-échange a tendance à devenir la règle en matière de circulation des
marchandises. Mais encore faut-il disposer d'une législation définissant
clairement les règles d'hygiène, de salubrité et de la qualité des produits.
C'est dans ce cadre que le ministère de l'Agriculture, à travers la
Répression
des fraudes et l'Eacce (Etablissement autonome de contrôle et de
coordination des exportations) a commandité, en collaboration avec
la Fédération
nationale de l'agroalimentaire et
la Fédération
des industries de la conserve des produits agricoles, l'élaboration d'un
avant-projet de loi cadre. La mouture définitive a été adoptée par les
commanditaires en juin 2004. Elle se présentait sous forme d'une législation
globale et intégrée. Elle s'appuie aussi sur les nouveaux concepts
privilégiant l'approche préventive et la responsabilisation des intervenants
tout au long de la chaîne alimentaire. Surtout qu'elle se veut un cadre
adapté à la volonté affichée des pouvoirs publics à mettre en place un seul
organisme de contrôle spécialisé et indépendant. Ce qui nécessiterait
l'adoption d'une loi spécifique instituant cette autorité.
Quoi qu'il en soit, les professionnels considèrent qu'il «s'agit d'un
tripier qui ne peut se maintenir sur deux pieds». Sans perdre de vue le
caractère éminemment urgent d'une telle législation. Dans un contexte
d'ouverture et de libre-échange.
Lequel contexte se trouve aux antipodes d'un commerce à deux vitesses. Au
risque de discréditer l'origine Maroc.
Les
exceptions qui confirment la règle
Jusqu'à une date récente, le thème de l'hygiène dans la législation
s'appliquant au marché local était absent. La fin des années 1990 a vu,
néanmoins, la promulgation de 3 décrets sur l'hygiène :
- Le Décret n°2-99-98 du 5 mai 1999 relatif au contrôle des produits de la
charcuterie, constitue le premier texte pris sur l'hygiène. C'est un texte
de portée verticale et concerne exclusivement le secteur de la charcuterie.
Ce texte a été pris suite à plusieurs cas mortels de toxi-infections causées
par la charcuterie (mortadelle) et des conditions d'insalubrité révélées par
la campagne de contrôle.
- Le Décret n° 2-00-425 du 7 décembre 2000, relatif au contrôle de la
production et de la commercialisation du lait et des produits laitiers. Il
s'agit là encore d'un texte de portée verticale. Ce texte régit les
questions de l'hygiène aussi bien en amont qu'en aval de cet important
secteur alimentaire.
- Le Décret 2-97-177 du 23 mars 1999 relatif au transport des denrées
périssables. A la différence des autres textes, ce décret a une portée
horizontale. Il a mis en place les principales dispositions de l'accord ATP
(Accord international relatif au transport des denrées périssables et des
engins spéciaux à utiliser par ces transports).
- Enfin, la loi 49-99, promulguée en juin 2002 et entrée en vigueur en avril
2007 régissant l'hygiène et la gestion de la qualité dans le secteur
avicole, a été mise en application pour l'activité élevage alors que
l'abattage et la distribution attendent toujours la mise en œuvre d'un
cahier des charges.
Sécurité, traçabilité, qualité: Trois concepts, une finalité
Comment
gérer le triptyque à travers quatre textes différents?
Un référentiel multiple et adapté à la nouvelle donne
Dans un monde où le commerce des denrées alimentaires s'amplifie au fil des
années, les interrogations du consommateur se multiplient aussi. Elles ont
souvent trait à l'origine non seulement géographique, mais aussi génétique
des produits.
Les grandes crises de la vache folle, la grippe aviaire ou encore la dioxine
attisent toujours les craintes nées des risques des organismes génétiquement
modifiés. Bien qu'ils ne soient pas encore quantifiés, ces risques sont
fortement évoqués dans les législations modernes. Et l'avant-projet de loi
sur la sûreté des denrées alimentaires consacre tout un chapitre aux
produits nouveaux issus de la biotechnologie ou d'OGM. En somme, la loi vise
à légiférer tous les aspects de la notion de sûreté des denrées
alimentaires.
Laquelle notion est relativement récente. Elle remonte à une décennie, tout
au plus. Mais elle marque une évolution notoire dans les mentalités et
demeure la représentation la plus élevée des notions de salubrité, d'hygiène
et de qualité.
D'emblée, l'avant-projet de loi s'inscrivait dans la droite ligne des
options de réformes entreprises par le ministère de l'Agriculture. Plus
encore, il s'inspirait directement des projets en gestation au sein de
plusieurs départements qui le composent y compris celui des pêches maritimes
qu'il vient d'intégrer. Pour être au diapason du libre-échange mondial, il a
été procédé à une lecture minutieuse des principaux systèmes juridiques en
place. A commencer par celui de l'Union européenne, le plus proche des
concepts nationaux. Mais aussi le groupement avec lequel le Maroc réalise
l'essentiel de ses échanges. Le système américain très différent dans son
approche a été également étudié à côté de la juridiction canadienne qui
constitue un système intermédiaire. Et pour compléter, on a eu recours aux
documents de l'Organisation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture
des Nations Unies (FAO) dont le rôle dans l'élaboration des normes Codex est
déterminant.
Compte tenu de l'approche globale et intégrée adoptée, le projet propose au
préalable une panoplie de définitions précises. L'essentiel du titre premier
y est consacré. Il s'agit de mettre les bases à toute réglementation
ultérieure. Et pour cause, éviter des interprétations de nature à entraîner
des dérives qu'il serait difficile de sanctionner. Car, dans un système de
prévention et c'est le cas, la sanction prend une tournure autre que celle
qui sévit dans un régime où prédomine le contrôle. Ici, elle pénalise le
fraudeur mu par l'intention de nuire. Et même la négligence devient
coupable.
L'approche globale suppose par ailleurs l'intégration de toute la chaîne.
Elle comprend non seulement les multiples étapes de la production et de la
transformation des produits primaires, mais concerne également l'aliment
consommé par les animaux qui ont généré d'autres productions primaires.
C'est tout le concept de traçabilité. Comment peut-on apprécier la qualité
du lait, miel et viande si l'origine de l'alimentation n'est pas déterminée?
Quid également de certains produits notamment ceux issus de l'agriculture
biologique.
L'avant-projet prévoit la mise en œuvre de normes spécifiques aux facteurs
de production comme la terre, l'eau ainsi que tous les autres ingrédients.
En somme, il s'adossait sur un triptyque: sécurité, traçabilité, qualité. En
la scindant en quatre parties, cette règle de trois aura-t-elle un contenu?
Autonomie et professionnalisme
LES normes alimentaires sont élaborées par le Service de normalisation
industrielle marocaine (Snima) pour le marché local. Ces normes sont
facultatives. Toutefois, leur application est obligatoire dans les clauses,
spécifications et cahiers de charges des marchés publics. La normalisation
est une activité spécifique dans la mesure où elle fait appel à plusieurs
intervenants et vise à obtenir le consensus de toutes les parties
intéressées. Aussi, l'indépendance de l'organisme de normalisation est-elle
une exigence essentielle pour la réussite de l'activité de normalisation.
Celle-ci doit impérativement disposer de compétences techniques et
professionnelles. A signaler que le ministère du Commerce et de l'Industrie
dont relève le Snima projette la création d'un organisme indépendant :
Institut marocain de normalisation (Imanor ). Toutefois, l'indépendance de
l'Imanor présuppose une autonomie financière par le biais de recettes
constituées par la vente des normes, les contributions de l'industrie au
titre de la certification (logos et marques de conformité) en plus des
subventions publiques. Il faut donc espérer que le projet puisse se réaliser
dans de bonnes conditions pour donner un souffle nouveau à l'activité de
normalisation.
A. Ghouibi
L'Economiste, Edition électronique du 7/6/2007
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