Evolution de la consommation et impact sur notre environnement



Autrefois, le niveau de revenu des marocains se devinait au style de la djellaba, ou au contenu du panier des courses. Désormais, c’est quasiment  impossible dans les marchés ou souikas où les denrées achetées sont mises dans des sachets en plastique noir à la place du couffin en osier d’ailleurs plus écologique. Cependant, dans les grandes surfaces, la charge des caddys  de certains consommateurs n’attirent l’attention de personne. Hier comme aujourd’hui, la consommation dépend du niveau de revenu. Concrètement, plus on est riche et plus on a les moyens de s’offrir une voiture de sport, des vêtements  de marque ou un téléviseur à écran plat. Inversement, les familles pauvres consacrent l’essentiel de leur revenu aux dépenses alimentaires. Irréfutable, cette loi d’airain vaut pour tous les pays et toutes les époques. Mais, l’impact des paraboles et le flux  toujours plus fort des produits asiatiques, conduisent de plus en plus à la banalisation de la consommation. Ce rapprochement est qualifié par les sociologues de "moyennisation" des styles de vie : mêmes vêtements, mêmes meubles, même télévision.  Pour autant, les modes de consommation, en particulier alimentaires, ont aussi considérablement évolué au cours des dix dernières années. Se nourrir ne constitue plus la priorité numéro un des consommateurs. Dans les années soixante dix, une épicerie proposait  pas plus de 200 produits différents ; aujourd’hui un supermarché en propose plus de 15000. On peut acheter au coin de la rue des aliments produits aux quatre coins de la planète et on trouve en toute saison une très large variété de fruits et légumes

Au  Maroc, la part de l’alimentation est ainsi passée de 31,35% à 16,38% du budget familial, toutes catégories sociales confondues. Avec l’élévation générale du niveau de vie, les ménages ont dépassé le stade de la survie, même dans les bidons villes ou on commence à consommer à crédit. N’en déplaise aux pessimistes, le pouvoir d’achat des salariés n’a cessé d’augmenter depuis les années soixante pour se stabiliser au début de ce siècle. Ce qui n’empêche pas la persistance de fortes disparités entre groupes sociaux. Le panier des pauvres reste plus lourd en pain, pâtes alimentaires, pommes de terre et légumes secs. Et comprend plus de graisses et de sucre. Conséquence : l’apparition d’une surreprésentation des obèses parmi les plus pauvres et plus particulièrement chez les femmes. Les générations antérieures ont tellement craint d’avoir faim que la peur de manquer de nourriture reste prégnante chez les plus démunis.

Mais la consommation ne se réduit pas aux comportements d’achats. Elle révèle aussi un désir lancinant de distinction sociale. Certains sociologues ont  mis en lumière ce processus de différenciation et de domination entre classes sociales.  Ils montrent notamment comment un goût que l’on croit personnel relève en réalité d’un effet d’appartenance sociale. Entre autres exemples, les consommateurs issus d’un milieu populaire préfèrent acheter leurs  denrées alimentaires dans la souika du coin de la rue  que dans un grand magasin. Tandis que les plus fortunés en pincent pour les grandes surfaces. Affaire de goût donc et de disposition sociale.

Ces évolutions ont entraîné un accroissement considérable des pressions exercées sur l’environnement. En se mettant à table, qui pense au long circuit qu’ont suivi les aliments qui se trouvent dans notre assiette et aux impacts environnementaux que cela représente 

Les circuits de production et de distribution des denrées alimentaires se sont allongés et intensifiés. Au temps de nos grands-parents, on achetait essentiellement des aliments produits localement, en complément de ceux qu’on produisait dans son jardin où que l’on se procurait directement chez le producteur. Aujourd’hui, toutes sortes d’aliments exotiques, tels que l’ananas et le steak argentin sont devenus des choix banaux et quotidiens dans les grandes surfaces. Pour que toutes ces denrées nous soient proposées dans les rayons des magasins, il a fallu développer un système de distribution extrêmement rapide et coordonné, impliquant différents modes de transport.

Le consommateur qui souhaite faire des choix alimentaires doit pouvoir disposer d’informations utiles et fiables pour faire des choix en ce sens. Nous venons de voir combien le transport, c’est-à-dire les distances parcourues et les modes de transport utilisés influencent le bilan environnemental d’un aliment. Ces éléments devraient faire partie de l’information fournie aux consommateurs, via l’étiquetage. Or, mis à part quelques exceptions, ces informations ne sont pas fournies et sont difficilement accessibles, analphabétisme oblige.

La réglementation générale sur l’étiquetage des denrées préemballées ne prévoit pas la mention de l’origine - alors que le consommateur peut se tromper quant à l’origine des produits - ni à fortiori la mention de la quantité de transport que "contient" l’aliment, ni des modes de transport empruntés. Le pays d’origine d’un produit est souvent difficile à identifier. Le code barres ne renseigne pas non plus sur l’origine d’un produit. Le code barres est propre au distributeur du produit et non pas au pays d’origine. L’adresse que l’on retrouve sur l’étiquette est également plutôt liée au distributeur et non au pays d’origine. Dès lors, il est difficile pour les consommateurs de tenir compte du facteur transport dans ses choix alimentaires

Pour vérifier la situation sur le terrain, nous avons visité deux grands magasins en vue de repérer l’origine de quelques produits.

Première constatation : l’offre est composée d’une grande quantité de produits transformés (chocolat, biscuits, confitures, boulangerie, boissons...). La plupart de ces produits contiennent plusieurs ingrédients, éventuellement d’origine différente. Aucune information n’est donnée sur l’origine des ingrédients. Il est également difficile de savoir où le produit a été transformé, car l’adresse mentionnée sur l’étiquette est le plus souvent celle du siège social du producteur ou du distributeur  et non celle de l’unité de production. Pour les produits transformés constitués d’un ingrédient, la situation n’est pas plus claire. Le pays d’origine est mentionné dans quelques cas limités (ex. riz basmati des Indes). Par contre pour tous les autres produits, il n’est pas possible de savoir d’où ils viennent.

La situation est différente en ce qui concerne les produits frais. Pour les fruits et légumes frais, les étiquettes  sont froidement absentes. C’est aussi le cas pour le poisson frais et la viande. Seuls les  produits laitiers font l’exception  à cette jungle d’étiquetage.

Recommandations aux consommateurs

Les aliments que nous trouvons sur les étals des marchés et les rayons des magasins ont une histoire : ils ont parcouru tout un circuit de production et de transformation avant d’être mis en vente. Chercher à mieux connaître cette histoire et en tenir compte lors des choix que nous faisons permet d’adopter des choix plus éthiques, à l’égard de l’environnement, des travailleurs qui sont intervenus dans la chaîne de production mais aussi par apport à notre santé et celle de nos proches.

En l’absence d’information sur l’origine de la plupart des produits que nous trouvons dans les magasins, connaître cette histoire n’est pas chose facile. Néanmoins quelques pistes peuvent être suivies.

  • Réapprenons le rythme des productions saisonnières 

  • Privilégions les fruits et légumes locaux issus de l’horticulture biologique ou intégrée : ils ont été obtenus par des méthodes de production plus respectueuses de l’environnement et contiennent moins de résidus de pesticides.

  • Informons-nous sur l’origine des produits que nous achetons et découvrons les mille et une facettes de la production agro-alimentaire locale.

  • Lorsque nous achetons un produit exotique, les labels du commerce équitable identifient des produits provenant de circuits où les conditions de travail sont correctes et les rémunérations équitables.

  • La plupart des produits frais (fruits et légumes, viande, poisson, crustacés) exotiques ont été transportés par avion ; autant le savoir et décider en connaissance de cause.

  • Nous pouvons contribuer à un environnement de meilleure qualité en réduisant les distances que nous faisons parcourir aux aliments en achetant chez les commerçants de nos quartiers.

           AMPOC