MARTINE
PEREZ.
Publié le 13
septembre 2007Actualisé le 13 septembre 2007 : 07h19
Un grand
rapport national réaffirme que les principales causes du cancer résident
dans notre mode de vie (tabac, hormones, obésité, exposition
professionnelle) bien plus que dans l'environnement.
VOILÀ un rapport
sur les causes du cancer qui risque de faire grand bruit. Rendue publique
aujourd'hui, cette étude met en cause avant tout des comportements
individuels, plus que des pollutions environnementales, pour expliquer
l'apparition d'un nombre notable de cancers. Ce rapport a été réalisé au
terme de deux ans de travail par l'Académie de médecine, celle des
Sciences, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), en
association avec la Fédération des centres de lutte contre le cancer,
l'Institut de veille sanitaire et l'Institut national du cancer.
Tout en
reconnaissant que l'on est encore loin de tout comprendre (voir
encadré) et que des travaux de recherche restent plus que jamais
nécessaires pour appréhender l'origine de tous les cancers, pour mieux les
prévenir. Ce rapport dense apparaît entre autres comme une réponse
extrêmement documentée aux personnes estimant que la pollution chimique
est très largement sous-estimée dans l'origine des cancers.
Pour finaliser ce
rapport réalisé sous la coprésidence du professeur Maurice Tubiana
(Académie des sciences) et de Peter Boyle (CIRC), les meilleurs experts
ont examiné toute la littérature épidémiologique sur le cancer en France
(nombre de cas de cancers, risque relatif associé aux cancérigènes connus,
importance de l'exposition de la population à ces toxiques...) et estiment
finalement que dans 45 % des cas pour les hommes et dans 30 % des cas pour
la femme, les causes des cancers sont identifiables.
D'abord, pourquoi
le nombre de cancers augmente-t-il, avec 278 000 nouveaux cas et 150 000
décès en France en 2002 ? Est-ce en raison des multiples produits
chimiques qui nous imprègnent ? Apparemment pas. « Le nombre de décès
par cancer a considérablement augmenté en France comme dans tous les pays
industrialisés depuis le début du XXe siècle, mais de telles
comparaisons n'ont de sens que si l'on ramène cette fréquence à un même
nombre d'habitants, or la population française a beaucoup augmenté au XXe siècle »,
relève le rapport, qui met en avant également l'augmentation de
l'espérance de vie dans cette croissance des décès par cancer. En réalité,
selon ce rapport, rapportés à la population et à son âge, les décès par
cancer auraient diminué de 13 % depuis 1968. Par ailleurs, l'augmentation
du nombre global de cancers depuis 1980 tiendrait à un perfectionnement
des méthodes diagnostics et au dépistage, qui permettent de déceler des
petits cancers qui auraient pu rester méconnus, au niveau du sein, de la
prostate et de la thyroïde. Cela posé, quelles sont les causes connues du
cancer ?
Tabac.
Cela pourra décevoir ceux qui espèrent des révélations, mais l'ennemi
numéro un reste le tabac, encore aujourd'hui responsable de 27 % des
cancers chez l'homme et de 33 % des décès. Pour la femme, 9,6 % de la
mortalité lui serait attribuable. La fumée du tabac contient de nombreuses
substances génotoxiques ou irritantes responsables de cancers dans les
tissus avec lesquels elles entrent en contact : la bouche, le pharynx,
l'oesophage, l'estomac, le nez, le larynx, les bronches, le rein et la
vessie.
Alcool.
La consommation de boissons alcoolisées augmente les risques de cancer
(bouche, foie, oesophage, côlon). Malgré la baisse de la consommation, ce
toxique serait directement responsable de 11 % des cas de cancer chez
l'homme et de 4,5 % chez la femme.
Agents
infectieux.
Plusieurs
infections augmentent le risque de cancer. Tout particulièrement le
papillomavirus, transmissible sexuellement, pour le cancer du col de
l'utérus et celui de la gorge, et les virus des hépatites B et C pour les
cancers du foie. De nombreux lymphomes sont liés au virus d'Epstein-Barr.
Environ 4,2 % des cancers seraient liés à une de ces infections.
Toxiques
professionnels.
L'exposition à
l'amiante, mais aussi aux poussières de bois, aux peintures, au benzène,
aux huiles minérales, aux rayonnements ionisants, serait à l'origine de
4 % des cancers chez l'homme et 0,5 % chez la femme.
Obésité et
absence d'exercice physique.
Le surpoids et le
manque d'activité sont considérés comme des facteurs à part entière de
cancer. Ils augmentent le risque de cancer de l'oesophage, du côlon, du
rein, de l'utérus et du sein et sont en cause dans 3 % des cancers de
l'homme et 5 % de ceux de la femme.
Hormones de la
ménopause, reproduction.
Ces dernières années, plusieurs études ont mis en évidence de manière
assez claire une augmentation du risque de cancer du sein due aux
traitements hormonaux substitutifs de la ménopause. Ils seraient à
l'origine de 2 % des décès par cancer. L'âge tardif du premier enfant, le
faible nombre d'enfants ou encore l'absence d'allaitement sont des
facteurs de risque de cancer du sein. Les auteurs estiment que l'on
pourrait réduire de 15 % le nombre de cancers du sein en rajeunissant
l'âge de la première naissance.
Pollution.
« Contrairement à certaines allégations, estime le rapport, le
nombre de cancers liés à la pollution est faible en France, de l'ordre de
0,5 %. Il pourrait atteindre 0,85 % si les effets de la pollution
atmosphérique étaient confirmés. Les recherches doivent se poursuivre pour
lutter contre la pollution, notamment atmosphérique, d'autant que celle-ci
a par ailleurs des effets nocifs sur les systèmes respiratoire et
cardio-vasculaire. »
L'alimentation.
On considère que l'alimentation a une influence majeure sur le risque de
cancer. Cependant, l'effet de facteurs nutritionnels (teneur en fibres,
quantité de fruits et légumes...) n'a pas été confirmé par les dernières
enquêtes épidémiologiques. La consommation de viande et de charcuterie
n'augmenterait que modérément le risque de cancer du côlon. Cela ne remet
pas en cause les conseils traditionnels, qui restent indispensables à la
prévention cardio-vasculaire.
Selon les auteurs,
en revanche, l'exposition aux pesticides, aux dioxines à faibles doses ou
aux téléphones portables ne peut être considérée à ce jour comme un
facteur favorisant le cancer.
Le tabac et
l'alcool devraient jouer un rôle moindre dans le déclenchement de cancers,
à cause de la baisse de leur consommation en France ; en revanche,
l'obésité pourrait devenir un facteur plus important, si en la matière nos
compatriotes continuent de suivre le mauvais exemple américain.