Dr Kherrati B Président de l’AMPOC
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kherbouaz@yahoo.fr
Avec
l'avènement de la saison estivale, la conservation des denrées
alimentaires devient de plus en plus exigée. Raison pour laquelle, le
contrôle sanitaire et économique demeure une obligation plutôt qu'un
simple choix de sécurité et d'hygiène.
Si l'on
fait un petit tour de certains établissements commerciaux ouverts au
public à Casablanca ou dans n’importe quelle ville du Royaume, on peut
constater de visu que certains produits alimentaires, sensibles et
périssables, sont souvent exposés à ciel ouvert, au soleil et aux
poussières, dans les artères, au coeur des places publiques ou juste à
côté des mosquées et stations routières, faisant ainsi fi des règles
d'hygiène en vigueur. Cet état des lieux n'a pas manqué de susciter
l'intérêt de notre association afin d’inciter les services de contrôle à
multiplier leurs interventions sur le terrain.
A titre
de rappel historique, la responsabilité du contrôle d'hygiène a été
confiée, depuis 1945, aux bureaux de l’hygiène au sein des communes
urbaines et rurales. Mais, cette responsabilité reste partagée avec les
compétences d’autres services en fonction de la nature du produit. Mais,
au niveau de certaines communes, le politique prime sur le sanitaire, et
les opérations de contrôle battent de l’aile. Elles ont vu leur rythme
diminuer au fil des jours, des mois et des années pour devenir quasi
absents. Un véritable désastre que l’autorité de coordination ne peut
résoudre dans l’immédiat. En effet, qui dit contrôle dit logistique et
cette dernière est gérée par la commune.
Cependant, vers la fin des années 90, tout a été mis en oeuvre, pour
réorganiser et renforcer le contrôle. Avec la création des cellules
multidisciplinaires de veille sanitaires, les autorités locales deviennent
le pivot de la coordination. Ces cellules sont sensées mener de vastes
campagnes de contrôle et d'inspection dans tous les établissements
commerciaux, les hôtels, les restaurants, les cafés, les grandes surfaces,
les marchés municipaux et hebdomadaires, les gargotes, ainsi que les
hammams.. D’autres mesures répressives ou de sensibilisation, tels que les
avertissements verbaux et écrits, la saisie des produits ou la
propositions de fermeture sont susceptibles d’être utilisée afin de
limiter les infractions et rétablir, soit peu, les éventuels abus et
dépassements.
A cet
effet, la composition des cellules est définie mais la logistique fait
défaut. De ce fait, à l’exception de quelques villes dont Rabat, les
membres des commissions se déplacent à pieds. Donc, la portée du contrôle
se trouve réduite et avec, la sécurité du consommateur.
Les
efforts de ces cellules de veille signataire devront être orientés vers
les gargotes et les marchands ambulants sur les rues, plages et se
poursuivront jour et nuit. Ils devront toucher, aussi, l'eau potable à
partir des réseaux et des châteaux d'eau pour contrôler essentiellement le
degré de chlore. L'eau de mer sera, également, concernée. Dans la foulée
du contrôle, l'action enchaînera avec le mois de Ramadan au cours duquel
le contrôle sera axé, en particulier, sur les conditions de conservation
du pain, de viandes, produits laitiers, miels et d'autres produits
sensibles.
En
fait, la commission de veille sanitaire, et selon les moyens disponible,
procède au contrôle des établissements autorisés mais ignore totalement
l’alimentation de rue.
Mais
qui compose ces unités sensées assurer notre sécurité alimentaire ?
Les
cellules de veille sanitaire sont placées sous la responsabilité des
Gouverneurs des Provinces. En plus des autorités sécuritaires (Autorités
locales, Police ou gendarmerie Royale), les membres permanents sont les
BMH, les Services Vétérinaires, le service économique et le service de la
répression des fraudes). Le Gouverneur peut faire joindre à la commission
tout autre service (Chambre de commerce, etc.). Ainsi, le consommateur ne
sera point étonné de voir toute une armada rentrer dans une épicerie pour
effectuer le contrôle. Au point de vue légal, chaque service a dans ses
prérogatives d’intervenir indépendant des autres pour contrôler les
denrées relevant de ses compétences.
L’alimentation de rue.
Selon la FAO, les aliments de rue sont considérés comme
tout aliment et boisson préparés, vendus dans la rue ou dans des endroits
publics. Ces aliments sont également consommés sur ces mêmes lieux ou
emportés chez soi.
L’alimentation de la rue, devient un problème de santé
publique. Qualifié au Maroc de « casse croûte », elle interpelle chacun
de nous à la définir et l’institutionnaliser en tant que point critique
dans le circuit de l’alimentaire. De ce fait, la maîtrise de la qualité
des produits et services débités deviennent possibles et par conséquent
assurent une protection du consommateur. Car à la vérité, qui peut se
targuer de n’avoir jamais consommé un aliment dehors ! Difficile, voire
impossible.
Non inscrite sur le programme « Rawaj » du Ministère du
Commerce et de la Mise à niveau de l’Economie, l’alimentation de rue nous
interpelle doublement :
-
faire diriger les feux de la rampe sur cet important
secteur économique,
-
faire des propositions d’organisation et de maîtrise aux
différentes autorités compétentes.
Cette approche développe un axe de recherche qu’est
l’alimentation de rue en rapport avec la santé des populations et les
circuits de distribution. Actuellement aucun organisme ne s’y intéresse de
façon particulière. Tant au niveau de la recherche sanitaire ou
socioéconomique. Et pourtant, c’est un important secteur qui fait
travailler beaucoup de gens et offre une alimentation accessible à toutes
les classes sociales. Mais offre aussi une voie occulte pour la contre
bande, la dole, l’esquive aux finances, la corruption, la saleté,etc.
S’y intéresser requiert des compétences en Biochimie,
Microbiologie, Virologie, Biophysique, Génie génétique alimentaires,
économie, éthologie et même en sociologie. Car, l’alimentation de la rue
constitue la charnière entre diverses disciplines qui vont de la santé
animale aux différentes procédures de contrôle et aux sciences
alimentaires, sanitaires et environnementales (Technologie, Microbiologie
physico-chimique des aliments ; Santé des populations, recherches de
substances bioactives d’origine végétale ou animale, environnement
/Biotechnologie Biodépollution Bioénergie Bioconservation et Biotraitement,)
L ‘AMPOC s’intéressée au sujet et son constat est décevant.
Alors que l’alimentation de rue est un outil incontournable dans le schéma
actuel d’approvisionnement alimentaire des marocains. Elle reste
marginalisée et obéit aux lois de la jungle dont la victime est toujours
le consommateur. A notre sens, ce secteur constitue un outil de
développement du pays puisqu’il permet l’absorption d’une grande frange
des chômeurs. Encouragé même par certains pouvoirs occultes qui en
assurent le financement. Alors que l’INDH, devrait être le principal
pourvoyeur de fonds, de développement et d’encadrement. Ignorer ce secteur
commercial favorise sa pullulation anarchique et la croissance des
retombées sanitaires négatives telles que la recrudescence des
toxi-infections, les maladies chroniques, la contre façon et des produits
de contrebande. Cette situation justifie le bien-fondé de notre intérêt à
cette activité.
L’enjeu n’est pas de dire seulement qu’il y a problème.
Mais, il faut qu’on trouve des solutions pour améliorer la qualité des
aliments et des conditions de ces marchands. Et, ne point intervenir que
lorsqu’il y a un problème et conseiller de ne plus se nourrir dehors c’est
souvent trop tard. Alors qu’aujourd’hui on ne peut pas se passer de
l’alimentation de rue. Les écoliers, les élèves, les étudiants, et tous
les travailleurs quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle dans le
contexte de la pauvreté, du manque de temps, de l’éloignement des lieux de
travail de la maison et d’autres raisons mangent dehors. Pour cela, nous
allons proposer des solutions capables, si elles sont mises en œuvre,
d’améliorer la qualité des mets pris hors domicile
L’alimentation de la rue est un problème de santé publique.
Chacun de nous a été victime même de façon isolée de toxi-infection due à
la consommation d’aliments provenant de la rue ou d’arnaque sur un produit
quelconque. Les cas isolés, ponctuels malheureusement passent inaperçus.
Mais ce sont les cas collectifs qui sont saisis par la presse en général
et font la une des journaux. La vente des produits de la mer sur les
trottoirs marque la décence des services de contrôle. De même, l’abattage
clandestin des animaux prend de l’ampleur au vu et su des autorités
responsables. Pourtant, nous ne savons rien de l’état sanitaire des bêtes
abattues. Sont-elles malades ou saines ? L’essentiel, la viande non
contrôlée risque de transmette au consommateur de graves maladies. En
effet, certaines maladies virales ou bactériennes chez les animaux peuvent
être transmises à l’homme. Nous sommes toujours dans l’angoisse de la
grippe aviaire avec la souche H5N1 du virus de l’influenza. Et la
tuberculose et des épidémies répétées de typhoïde dans nos villes et
douars liées à l’assainissement et à l’alimentation dans le système
communautaire.
Un respect strict des conditions d’hygiène, de préparation
permet d’obtenir un produit fini de qualité. Il est important de ne pas
exposer ces aliments à la contamination (poussière, vent, soleil,
température, rats, etc.). L’aliment doit être par conséquent préparé et
conservé dans d’excellentes conditions pour être certain de livrer au
consommateur un aliment sain. Or toutes ces conditions ne sont pas
remplies dans le domaine de l’alimentation de rue ; du lieu de préparation
jusqu’au lieu de vente ; d’où son association fréquente aux
toxi-infections. Il y a aussi les aspects chimiques des aliments de rue
avec l’utilisation abusive de certains produits chimiques. Les milles
feuilles exposés en plein soleil et qui durent plus de 21 jours ??!!!!
NON, il faut que cela cesse. Car, Il faut avoir toujours en mémoire les
intoxications mortelles liées à la consommation de charcuterie (1999) et
des melons (2001).
De ces constats, il est évident que l’alimentation de rue
pose un problème de santé publique qui doit être pris au sérieux par le
Gouvernement.
Dans nos villes, la répartition spatiale de la vente
informelle des produits alimentaires épouse celle des souikas. Ces
dernières sont identifiées au niveau de chaque caïdat. Les produits
vendus sont la Harcha (galette en blé dure ou mais ou mélange des deux),
le Lben, le lait, le Raibi traditionnel, le Mais (occasionnel), les pois
chiches bouillis, la Charcuterie, les jus et particulièrement d’orange,
les poissons frais ou frits, les crème glacées, les viandes et les abats,
etc. La panoplie est grande et le consommateur y trouve l’embarras du
choix pour satisfaire ses besoins alimentaires. Mais à quel prix ?
En général, nous mangeons en quantité mais pas en qualité.
Derrière cette affirmation se cachent beaucoup de sous-entendus. En tant
que défenseur des droits du consommateur, notre devoir est d’attirer
l’attention des pouvoirs publics afin qu’ils soient plus regardant sur la
qualité des aliments consommés par les marocains. Manger bien ne signifie
pas seulement la quantité mais intègre aussi la qualité. Notre harcha,
raib, beignets…sont de très bons produits alimentaires, nutritifs mais
leurs ingrédients sont généralement d’origine incertaine et souvent mal
préparés. La harcha préparée par certains, de mais destiné à la
consommation animal n’est elle pas la cristallisation du laisser aller des
autorités de contrôle ? Continuer à laisser vendre le jus des oranges
injectées d’eau par la seringue soulève de sérieuses questions sur
l’efficacité de nos organes de contrôles. Avec une légère dose de
technologie appropriée pour leur stabilisation et une légère formation au
niveau des chambres de commerce et une organisation des différents
acteurs, nos produits pourront concurrencer certains aliments vendus dans
des supermarchés.
En tant qu’ONG de défense du consommateur, notre
association épouse le progrès de la science. Nous sommes partant pour
toute innovation bénéfique pour l’homme. Mais, il ne faut pas y adhérer
pour la forme, il faut veiller sur le point de chute, ce qu’on veut en
faire. Cela est capital, fondamental même. On veut de la science appliquée
aux secteurs du développement. Si la recherche scientifique peut aider à
résoudre des problèmes sanitaires ou pour l’amélioration des productions
agricoles, d’espèces animales, nous sommes pour, mais créer des dangers
pour l’homme, les animaux et les plantes, nous nous sommes totalement
contre. En effet, l’amélioration génétique d’espèces a toujours existé à
travers des méthodes macroscopiques traditionnelles artisanales avant
l’application des techniques modernes basées sur les gènes. Nous savons
que si une graine est bonne, il est possible d’interroger son patrimoine
génétique pour comprendre les facteurs qui ont gouverné cet état de fait.
Mais nous avons dépassé ce stade macroscopique pour l’échelle moléculaire.
Les OGM vont au-delà de la science pour intégrer des volets
économiques et politiques. Toute la question est là... entière. Une autre
dimension des OGM, il ne faut pas aussi que notre approvisionnement en
semence soit utilisé par les fournisseurs comme une arme, un outil de
chantage. En ce moment, la chose échappe aux mains des scientifiques pour
se loger dans celles politico-économiques. Si par hasard, on nous impose
un embargo sur les semence de tomate (car elles sont toutes importées),
peut on continuer à répondre aux besoins de notre clientèle ? La réponse
est évidemment non, donc, l’Etat est dans l’obligation de défendre son
indépendance agricole. En Europe la tendance est à la consommation bio. Le
problème du Maroc est qu’il regarde loin sans savoir si ce qu’il y voit
est bien pour lui. Nous pensons qu’il est bon de reproduire ce qui est
fait ailleurs sans réfléchir, alors que non. Nous sommes au stade où dans
certains domaines on n’a pas besoin d’OGM. Il nous manque des outils et
une bonne pluviométrie pour rendre notre production plus productive. Face
aux aléas climatiques des chercheurs ont mis au point des variétés de
certaines espèces supportant différents stress. L’Europe retourne au bio,
nous allons vers les OGM. Qu’est-ce qui prouve que dans dix ans, on ne va
pas y revenir perdant inutilement du temps ? Et perdant aussi nos bons
anciens produits alimentaires. Il nous revient de voir, de réfléchir et
d’identifier où d’utiliser des OGM avant de s’y lancer.
Dans les dédales de la science et de l’économie, les
consommateurs se perdent car ils
sont sous informés et aveuglés par le besoin quotidiens
des épouses et des enfants. Les consommateurs doivent savoir qu’ils ont le
droit d’exiger des aliments de qualité. Et si on vous sert un aliment de
mauvaise qualité, refusez le et plaignez vous. En même temps, qu’ils
doivent avoir un comportement hygiénique. Des consommateurs n’hésitent pas
à éternuer sur les aliments ou à les palper. D’où l’intérêt de financer
les vitrines réfrigérées par les banques via les micro crédits.
Les municipalités doivent jouer un rôle fondamental dans le
secteur de l’alimentation de rue. En plus des textes existant pour chaque
produit, les communes doivent s’orienter vers l’adoption de textes
régissant le secteur en collaboration avec le ministère concerné.
N’importe qui s’installe là où il veut près des caniveaux, des dépotoirs
pour vendre des aliments. Cela est préjudiciable à la qualité des aliments
livrés aux consommateurs. La municipalité doit sensibiliser les acteurs
sur les textes en vigueur pour expliquer la démarche à suivre, les
conditions à remplir pour vendre des aliments de rue. Les plans de
développement urbain devront prévoir désormais des espaces destinés à la
vente des aliments de rue de sorte à mettre à la disposition des cadres
assainis.
Quant à la typologie des acteurs du secteur de
l’alimentation de rue. Il s’avère que leur niveau d’instruction est
faible, ce qui pose un problème. Mais malheureusement on trouve aussi des
fonctionnaires, des enseignants et des cols blanc chômeur. En effet,
certains pour avoir un gain rapide, ignorent ou omettent les règles
d’hygiène élémentaire. L’éducation, la formation et la sensibilisation de
ces acteurs méritent d’être engagées et poursuivies pour leur inculquer de
bonnes pratiques. L’initiative d’encadrement et d’organisation de ces
acteurs économiques devra être attribuée aux chambres de commerce. Il faut
s’intéresser au commerçant à tous les stades de son évolution économique.
L’alimentation de rue est un outil de développement eu
égard à notre mode de vie, à l’éloignement des services. Par conséquent,
il ne faut pas la réprimer mais plutôt nos efforts doivent concourir à
l’améliorer. Nous avons besoin du concours de tous, chercheurs, autorités
municipales, décideurs politiques, les ONG, partenaires au développement
doivent se donner la main pour gagner cette bataille.